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La dernière étape de notre voyage commence. Nous venons de terminer notre mission humanitaire d'un mois à Bariloche (expérience géniale ! ) et faisons cap vers le Sud : Perito Moreno et Torres del Paine avant de remonter doucement vers Buenos Aires.

Pour ce qui est des réactualisations blog, le Pérou est finalisé et la Bolivie est en cours.

A très bientôt,
Amélie et Teo

Archive pour la catégorie ‘2/ BIRMANIE’

PostHeaderIcon Séjour au lac Inle (2 juin)

 Après nos 4 jours de trek, nous approchons le lac Inle par le sud, d’où nous prenons une pagode pour rejoindre Nyaungshwe, village situé au nord du Lac (repère des routards car les hôtels y sont bien moins chers qu’autour du lac). Notre guide Robin nous amènera d’ailleurs dans une très belle guest house, Teakwood, où nous négocierons un super prix : 3 couples x 2 nuits obligent…

Le lac Inle est un endroit très connu en Birmanie. Il mesure plus de 20 kms de long sur 10 de large et constitue le lieu d’habitation des Inthas (« fils du lac »). Ces derniers ont la particularité de s’être installés sur le lac lui-même avec leurs maisons sur pilotis. Pour la petite histoire, ils viendraient de l’extrême sud du pays après avoir fui les guerres avec la Thaïlande. Ils apprirent plein de métiers et eurent l’idée plutôt géniale de créer des jardins flottants (masse de végétation mêlée sur une hauteur d’un mètre). Les Intha les découpent, les amènent au milieu du lac et les recouvrent de terre et de boue qu’ils ensemencent de fruits et légumes.

Les Inthas sont également connus pour :

- Leur façon originale de ramer : debouts sur la poupe de leur pirogue, ils manœuvrent leur rame du pied. Leur main est ainsi libérée pour la pêche et ils disposent d’une bonne visibilité sur le fond du lac (et oui, ce dernier est très peu profond : maximum 6 mètres pendant la saison des pluies).

- Leur méthode de pêche peu banale : filet coulissant le long d’une armature en bois de forme conique qu’ils plongent là où ils ont repéré le poisson. Quand le poisson est à l’intérieur, il pique la nasse avec un trident pour attraper l’animal ou le faire fuir vers les bords du filet. On a vraiment été bluffé par leur dextérité : pour sûr, on n’aurait jamais réussi à rester en équilibre comme eux plus de 5 secondes !

Nous passerons trois jours autour du Lac Inle avec nos acolytes du trek :

- Fabrice : belge et informaticien qui profite d’un plan de départ pour voyager en Asie du Sud Est et vivre sa passion de la photographie. Plusieurs fois, il s’improvisera photographe local grâce à une imprimante portative lui permettant de remettre les clichés directement aux modèles. Nous nous souviendrons toujours de la file d’attente des femmes Pao devant notre restaurant se faisant toutes belles (rouge à lèvre et fard à joue) avant la photo

- Mike, irlandais et en voyage depuis près de 2 ans, la majeure partie du temps passée en Australie. On se rappellera de son rire à la “Janice de Friends” après ses huit bières post trek

- Romain et Amandine, couple franco-suisse, anciens expats à Singapour et au début d’un tour du monde proche du nôtre et avec qui nous aurons des discussions débats plus qu’agitées sur le système éducatif français et son élitisme… Autre sujet qui n’a rien à voir mais qui nous a bien amusés : les vaccins / médicaments nécessaires. Antipaludique pour nous, vaccin contre la rage pour eux. Ils nous confieront ainsi qu’ils se sont fait vaccinés contre la rage au risque d’être mordus et contaminés par… les chauve-souris du Pérou…Tant pis pour nous, on croise les doigts !

- Hélène et Jeff, elle canadienne, lui australien. Ils se sont rencontrés en Argentine et profitent d’un mois de vacances en Asie après leurs cinq mois de volontariat au Cambodge

 

Pendant ses trois jours, nous louerons une pirogue et passerons une journée sur le lac : cela nous permettra d’en savoir un peu plus sur l’artisanat local et de comprendre le procédé de fabrication des nombreux objets que nous voyons sur les marchés : cheerots, ombrelles, bijoux, foulard en soie et fibre de lotus… Certes un peu touristique (marrant de les voir s‘installer à leurs ateliers au son de notre pirogue à moteur les alertant de notre arrivée), mais finalement bien sympa, surtout la fin avec le superbe coucher de soleil depuis notre pirogue au milieu du lac.

  

  

     

  

   

Plus, bien entendu, les incontournables rizières et pagodes, toujours aussi impressionnantes !

   

PostHeaderIcon La rubrique à Teo : l’approche commerciale birmane

 
 

Cas de vente : Le birman Sam Vs l’indien Robin

   

Chose que l’on n’avait pas réalisée, c’est qu’en tour du monde, nous sommes consommateurs à plein temps. Tu dépends toujours des autres et dois faire appel à leurs services pour te loger, te nourrir, te divertir … surtout en Birmanie ! Contrairement en France où l’on avait l’habitude de proposer nos propres prestations (Conseil pour Amélie et Voyage pour Teo), nous voici pendant plus de 8 mois dans la peau d’un acheteur : « Vis ma vie d’acheteur ». C’est bon quelque fois de se mettre à la place de la personne avec laquelle tu collabores dans ta vie de tous les jours. Ca permet évidemment de progresser dans ton métier de consultante ou de commercial. Voici une situation qui nous a particulièrement marqués.

Contexte :

Situé à 60 km du lac Inle, un des spots de Birmanie, Kalaw est une petite bourgade tranquille à 1300 m d’altitude et d’où partent différents treks, notamment pour aller jusqu’au lac en 2/3 jours. Nous avons 1 journée devant nous pour trouver la bonne agence pour nous y emmener dans les meilleurs conditions. Le seul contact que nous avons, c’est Robin, trekkeur de la Golden Lily Guesthouse (plusieurs amis nous en ont parlé en bien même s’il les a speedés sur la fin). A notre arrivée, on choisit « sa » guesthouse, même si nous ne sommes pas convaincus que l’on passera par lui pour le trek.

Nos attentes :

- Teo : activité physique & nature

- Amélie : paysages et rencontre avec les populations locales

 

Après-midi / premier entretien Robin « Ce qu’il ne faut pas faire »

Malheureusement, il n’est pas disponible de suite et ce sont ses neveux qui nous expliquent les différentes possibilités pour un trek de 4 jours.

1) Cadre : accueil froid et guesthouse un peu « cracra »

2) Manque de motivation : la sœur de Robin engueule devant nous les neveux qui, semblerait, ne veulent pas se lever pour nous présenter leur offre de services

3) Manque d’assurance et d’expertise : finalement, l’un d’entre eux se dévoue, mais ne maitrise pas le sujet. Il ne connait pas les différents itinéraires et n’arrive pas à nous conseiller sur les meilleures options. En plus, ce qui n’aide pas, c’est qu’il est hésitant et confus

4) Doute et méfiance : la sœur fait les 100 pas autour de nous et intervient en birman (ou indien) pour les corriger

5) Pas très commercial : c’est 15 dollars / jour / pers sinon rien !

 

Après-midi / premier entretien Sam « Comment masteriser »

Déçus par l’équipe de Robin, on part faire le tour de la ville pour se renseigner et la basse saison n’arrange pas les choses car beaucoup de guides ne sont pas dispos. La seule alternative à Robin se trouve être Sam, qui tient un resto, mais organise aussi des excursions dans la région. Sa prestation est juste excellente du début à la fin. Il a envoyé du bois comme on dit dans le métier !

1) Cadre : accueil chaleureux avec du thé et des photos de Sam avec les tribus locales, accrochées au mur

2) Physique : Sam ressemble à un vieux sage comme on peut les voir dans les films d’arts martiaux asiatiques

3) Forme du discours : parle posément dans un anglais impeccable en mettant des « please » à chaque fin de phrase ( marque de respect et de politesse)

4) Fond du discours : sensationnel

=> il nous fait rêver : en nous racontant l’histoire et les coutumes de chaque tribu, à partir d’une grande carte couleur accrochée au mur (ca change de la feuille A4 N&B de Robin)

=> accroche avec des attentes présupposées : cette technique consiste à s’appuyer sur des attentes générales liées dans ce cas à des routards et leur montrer que les services proposés y répondent bien : « I imagine that you came to meet local people … I suppose that you want more than walking but enjoying nice landscapes et good time with tribes … »

=> satisfaction client : facile à dire, mais toujours plaisant à écouter pour les clients : « My aim is that you feel happy with my service and you keep good memories of Myanmar when you go back home » … « It is important for me that the customers tell me if they appreciate my service after the trek. »

=> éco tourisme : même si c‘est sincère, c’est toujours bien pour un prestataire d’avoir une dimension humanitaire. Il nous parle de son gendre qui héberge pas moins de 45 enfants des villages voisins, dont la maison des parents est trop éloignée de l’école.

=> Précision et réponse aux exigences client : il nous explique dans le détail une journée type avec lui et les conditions du trekking. Il comprend tout à fait que l’on souhaite voir le guide avant de donner notre réponse finale et il nous donne RDV le lendemain matin 10h pour le rencontrer.

De retour à la guesthouse, Robin se présente à nous et nous lui proposons de parler du trek avec lui demain 9h après le petit-déjeuner.

Matin / 2ième entretien Robin « Comment mettre le doute »

Alors que nous étions convaincus par la prestation de Sam, Robin arrive à nous faire douter. Il nous reçoit dans les mêmes conditions que ses neveux, mais le discours a changé :

1) Le côté obscur du pays : sa 1ière arme est d’être birman, mais d’origine indienne, ce qui lui donne une autre vision du pays et certainement celle qui est conforme à la réalité. En quelques échanges, il nous fait remarquer des petites choses que l’on n’avait pas vu après 2 semaines dans le pays. Par exemple, il y a 2 types de taxi : ceux dédiés à la population locale vs ceux dédiés aux touristes … Il marque des points en nous parlant de la situation politique du pays que l’on ne trouve ni dans les guides, ni auprès des birmans qui restent sous surveillance …

2) Attaque la concurrence habilement : de la même façon que les taxis, il y a les organismes d’excursions qui sont liés au gouvernement et les autres . Lui ne l’est pas … en revanche Sam l’est ! Il nous raconte que ce dernier n’a pas besoin de travailler et qu’en plus il n’accompagne pas ses clients lors de treks.

3) Nous donne des trucs et astuces pour la réussite du trek en nous prévenant des risques liés au soleil, à l’humidité, à la nourriture … C’est une sorte de mise en garde en nous faisant peur, mais nous rassure évidemment en nous disant qu’il a tout prévu.

 

Matin / 2ième entretien Sam « Traitement des objections »

A la fin de l’entretien, Robin nous a mis le doute, d’autant plus que Sam ne nous présente pas le guide dont il nous avait parlé la veille. On est donc très déçu … et on enchaîne par des séries de questions pour valider la prestation : itinéraire, vitesse de marche, nourriture … les points sur lesquels Robin nous avait mis le doute. C’est le guide qui y répond avec autant d’aisance et de précision que Sam. Il répète que l’itinéraire est personnalisé, que l’intérêt n’est pas de speeder mais de prendre le temps d’échanger avec les habitants des villages et que les repas sont réalisés dans la cuisine même de la famille … Exciting !

A la fin de de tous ces entretiens, on décidera de faire 2 jours avec Sam autour de Kalaw puis 2 jours avec Robin pour rejoindre Inle et c’est Sam qui remportera tous les suffrages !

PostHeaderIcon Trek Kalaw-Lac Inle (29 mai)

S’il n’est pas évident de sortir des sentiers battus lors d’un séjour en Birmanie (l’essentiel du voyage se concentrant sur les grands sites touristiques faute de transport, d’infrastructure ou même d’autorisation gouvernementale ), Kalaw a été pour nous l’exception qui confirme la règle.

Situé à deux heures du Lac Inle, Kalaw est une petite bourgade de montagne qui constitue le point de départ de nombreux treks dans la région où le logement se fait chez l’habitant ou en monastère.

Dès notre arrivée (et après un départ à 4h du mat et 10 heures de trajet…), nous nous sommes donc concentrés sur la recherche du guide qui nous ferait découvrir la région. Nous avons ainsi rencontré :

- Robin, guide indien de la guest house Golden Lili recommandé à multiples reprises

- Sam, patriarche birman mi-Pao mi Shan (deux minorités birmanes) qui, nous devons l’avouer, nous a fait rêver dès ses premières paroles.

Etonnamment, leurs approches commerciales et leur discours autour de ce que nous allions découvrir ont été tellement différentes que nous étions incapables de savoir ce qui nous attendait.

- Sam, ancien enseignant, devenu par la suite guide de montagne. Il affirme nouer des relations extrêmement fortes avec les populations des villages des montagnes. Un tableau dans son restaurant le nomme d’ailleurs «Uncle Sam» (allusion à l’Oncle Sam américain, who knows ?). Pour lui, un trekking dans les montagnes est une expérience unique qui nous permettra de vivre avec les tribus Palaung, Danu et Pao, de comprendre leur mode de vie et de le partager un tout petit peu. Il nous raconte ainsi que le soir, nous ne devons pas simplement nous reposer ou parler avec le guide mais profiter d’être logé dans une famille pour poser des milliards de questions et échanger avec eux (il nous coache même avec des premiers exemples de questions : source de leurs revenus, journée type, rites matrimoniaux…). Nous découvrirons par la suite que sa fille et son mari (Htun Tee) accueille dans leur maison, pour quelques sacs de riz et buchettes de bois, une quarantaine d’enfants de ces villages pendant l’année scolaire (l‘école étant trop loin pour leur permettre de faire l‘aller-retour tous les jours).

- Robin, indien sikh d’origine. Son discours est beaucoup plus terre à terre (modes de vie très précaires de ces villages, difficulté des treks en région tropicale due à la chaleur) et acerbe sur la situation politique birmane («restricted areas», complexité pour des guides tels que lui de vivre du tourisme sachant que 85% du tourisme est un tourisme de luxe…)

Devant le nombre de recommandations de Robin et notre coup de cœur pour Sam, nous décidons de faire :

- 2 jours autour de Kalaw avec Sam pour découvrir la vie traditionnelle des villages Palaung, Danu, Pao

- 2 jours pour rejoindre le lac Inle avec Robin pour mieux comprendre la situation politique et ses conséquences pour les Birmans

1) Deux jours autour de Kalaw
 
Comme promis par Sam, ces deux jours ont été magiques. Jamais, nous n’aurions pensé pouvoir vivre cela un jour.

Nous sommes partis avec Htun Tee (notre guide, gendre de Sam) et notre cuisinière, étudiante ayant tout juste terminé le lycée et en train d‘apprendre l’anglais chez Htun Tee pour devenir guide plus tard. Au-delà des paysages magnifiques que nous avons croisés (rizières, enfants chevauchant des buffalos pour préparer les champs avant la saison des pluies, maisons traditionnelles en bambou), ces derniers nous ont tout expliqué sur la vie locale des villages de montagne et leurs coutumes :

- Comment les maisons traditionnelles rassemblent généralement trois générations sous le même toit (les grands-parents, les parents (généralement le fils) et les petits-enfants) et se composent de trois pièces : cuisine, «séjour» avec un meuble dédié à Bouddha et chambre

- Comment les enfants Palaung se marient entre Palaung (mais de clans différents), selon un arrangement entre parents, à 4h du matin (la journée étant consacrée au travail des champs) et retournent ensuite dans leurs familles respectives le temps de se connaître et d’être prêt à avoir des enfants

- La plus grande ouverture du peuple Danu qui permet les mariages avec d’autres tribus et laissent leurs enfants choisir leur dulcine(e)

- Le rôle crucial du chef du village pour l’organisation des grands événements religieux et sociaux

- L’importance pour les bouddhistes birmans du noviciat pour les garçons (chaque garçon est ainsi envoyé dans un monastère pour quelques mois ou même plusieurs années si le travail des champs ne le rappelle pas dans son village) et le dicton des moines bouddhistes : «les montagnes ne sont jolies qu’avec des pagodes à leurs sommets»

- La croyance dans les nats (esprits) pour protéger les maisons, les âmes de chacun, célébrer la pluie.. etc…

- La difficulté des scolarisations longues des enfants de ces villages qui, très vite, doivent revenir aider et prendre le relais des grands-parents.

- Les différents équilibres économiques de ces communautés : les Palaung sont ainsi spécialisés dans la culture du Green Tea (à flanc de montagne) alors que les Danu cultivent des légumes grâce aux rivières situées près de leurs villages et leurs buffalos (ail, tomates, pommes de terre, choux-fleurs)

- La différence entre le «water rice» (riz blanc issu des rizières) et le «moutain rice» (riz brun planté à même le sol et plus nourrissant) et la méthode de plantation avec un outil dont le manche musical (semblable à une maracasse) est censé réveiller les semences

- Le goût des buffalos pour l’eau, d’où leur grande utilité pour les cultures en saison des pluies

- L’omniprésence du bambou : mur et charpente des maisons, mobilier, outils, chapeau…

- La tenue traditionnelle des Pao inspirée de leur animal fétiche le dragon i.e. plusieurs couches de vêtements et turban orange pour symboliser le feu

- (…)

Mais surtout, au-delà de nous apprendre énormément de choses, ils nous ont introduits dans les villages de telle façon que nous nous sentions plus comme des invités que comme des touristes. Impressionnant ! En effet, pas de guest house dans les villages. Mais, simplement des familles, amis ou relations de Sam et Htun Tee, nous offrant leur maison pour un repas ou pour la nuit, en échange d’une soirée animée passée autour du repas préparé par notre cuisinière… Nous avons pu ainsi vivre la préparation des repas autour du feu dans la cuisine à la lueur des bougies, le retour des enfants des champs pendant que les grands-parents s’occupent des petits-enfants, les discussions toujours marrantes car tellement décalées : Etes-vous mariés ? Avez-vous des enfants ? Non, pourquoi est-ce que vous en adoptez pas d’autres personnes de votre villages ?

En bref, nous avons été complètement bluffés !!!! Et ces deux jours seront surement l’un de nos meilleurs souvenirs de ce voyage…

2) Deux jours entre Kalaw et le Lac Inle

Après une soirée à Kalaw, nous enchainons avec les deux jours de trek de Robin. Si le démarrage a été un peu difficile, finalement nous passerons un bon moment…

En effet, Robin travaille en collaboration avec ses deux sœurs gérant la Lily guesthouse et ces dernières lui mettent visiblement une pression d’enfer… Ainsi, alors que dans son speech commercial, il affirme ne jamais partir en trek à plus de 4 personnes, nous serons au final 8. Pas facile, facile dans ce cadre de retrouver la proximité que nous avions avec les populations Pao, Danu, et Palaung du précédent trek… Heureusement, il nous avait prévenu (contrairement aux autres personnes qui découvriront notre présence au moment du départ… no comment…).

Pourtant, si le style est différent, nous passerons au final deux jours sympas, sympathiserons avec les six autres personnes du trek que nous reverrons au Lac Inle et surtout apprendrons beaucoup de choses sur la Birmanie. Si tout était rose avec Htun Tee, ici tout est noir et «chiffré / daté» :

- Les 80% de «restricted areas» du pays empêchant les touristes de connaître réellement la situation de la Birmanie : travaux forcés, violation des droits de l‘homme….

- L’absence de constitution depuis 1998 rendant presque impossible l’Etat de droit. Les lois n’étant que le fruit des décisions du Conseil de militaires à la tête du pays

- Les manifestations sanglantes de 1988 et 2007 qui n’ont pas réussi à fragiliser le régime… et expliquent l’état de résignation des Birmans sur l’avenir de leur pays. Bouddhistes de nature, ils aiment à penser que le changement ne peut venir de la violence

- L’omniprésence de la police militaire. Nous apprendrons ainsi via Robin qu’un jeune Français que nous avions rencontré quelques jours plus tôt était en fait sous surveillance de la police secrète. En effet, étudiant en physique visiblement très doué pour les études… et le poker sur internet (ses gains lui permettant de financer son voyage), il visitait la Birmanie en moto : visiblement trop libre pour le gouvernement !

- L’inefficacité et l’hypocrisie des sanctions imposées par l’Europe et les US. Pas de soucis pour refuser tout visa aux militaires de la junte mais plus difficile de renoncer aux ressources naturelles (pétrole, gaz…)

- Le budget de la défense huit fois supérieur à celui de l’éducation et de la santé

- La difficulté pour les familles moyennes birmanes de payer des études à l’université à leurs enfants (cf. un mois à l’université = 18 000 kyats, hors coût des fournitures et des livres scolaires)

- Le coût exorbitant des séjours à l’hôpital : un mois à l’hôpital public a ainsi coûté 500 000 Kyats à la femme de Robin. Au-delà des soins, il faut acheter matériel et nourriture pour le personnel (seringue, pansements et petites gourmandises pour amadouer les infirmières)

- Son histoire personnelle : sikh d’origine, il s’est brouillé avec presque toute sa famille qui voulait lui faire épouser une riche sikh des environs. Lui préférant une birmane rencontrée un mois plus tôt, il renonce ainsi à 2 millions de kyats

- Sa passion pour la médecine naturelle et les vertus des différentes plantes pour soulager mal de ventre, piqûres de moustique… et sa connaissance des différentes espèces : 50 types de chili, 95 sortes de bambous…

En conclusion, nous avons préféré les deux premiers jours, plus authentiques et nous ayant permis d’être plus proches de la culture birmane… Malheureusement, les caprices de notre carte mémoire nous empêche de vous montrer les photos aujourd‘hui sur le blog (promis, on vous les montrera à notre retour car ces paysages feront partie des plus beaux de notre voyage). Voici donc en images les paysages rencontrés essentiellement les deux derniers jours :

  

  

   

  

  

  

  

PostHeaderIcon Bagan (24 mai)

La 1ière chance que l’on ait eue, c’est qu’il pleuve une journée non stop. Difficile à croire, mais ce fut une bénédiction d’après les locaux … En fait, cela faisait plusieurs jours que le thermomètre affichait des températures supérieures à 45°C. Il était, parait-il, impossible de sortir en journée, et comme Bagan se visite en extérieur, ça aurait été compliqué !

Cette 1ière journée sous la pluie fut l’occasion de faire quelques tâches administratives de routard comme faire sa lessive, ses comptes, envoyer des mails, lire les guides …

En revanche, les deux journées qui suivirent furent nettement plus sportives ! De retour sur nos vélos, nous parcourons la ville du sud vers le nord à la découverte de ses nombreux temples.

En fait, on peut dire que Bagan, qui s’étend sur une quinzaine de kms, est composée de trois villes principales : Nyaungoo (nord), Old Bagan (milieu) et New Bagan (Sud). L’histoire, c’est qu’en mai 1990, le gouvernement a ordonné aux habitants de Old Bagan (centre de la zone archéologique) de déménager de leurs maisons en moins d’une semaine pour intégrer les villages environnants. Une Birmane rencontrée pendant notre périple nous racontera l’énorme perte que représenta pour elle et sa famille ce déménagement forcé et, bien entendu, non indemnisé par le gouvernement (affaires personnelles, maison, statut de propriétaire). Bref, la population a beaucoup souffert de ce transfert dont les raisons officielles étaient de procurer aux gens de meilleures conditions de vie. La réalité est certainement plus de réduire les contacts avec les touristes colporteurs d’idées démocrates …

Pour ce qui est des monuments religieux, on en compte plus de 6 000 aujourd’hui dans toute la ville et on les doit en partie à un seul homme : le roi Anawratha, 42ième monarque de Bagan (1044-1077) et véritable unificateur du royaume birman. C’est lui qui est à l’origine du prodigieux programme de construction de temples, pagodes et sanctuaires qui atteignit le nombre étonnant de 10 000 ! Malheureusement, les intempéries et catastrophes naturelles en détruisirent près d’un 1/3.

Une nouvelle fois, nous avons loué des vélos et, tels des Indiana Jones (munis de lampes frontales pour explorer l’intérieur des temples), nous sommes partis à la découverte de ce patrimoine archéologique fabuleux ! On avait peur de craquer au bout du 2ième temple et en fait pas du tout. Ils étaient tous tellement variés qu’on a beaucoup aimé ! Voici les principaux :

1/ Temple de Seinnyet Ama (12ième siècle) : Le premier sur notre route depuis New Bagan, le routard nous le décrit comme suit : «de forme carré, avec 4 porches en avancée, architecture classique avec terrasses allant en diminuant et sikahara indienne, corridor à l’intérieur, 2 gros bouddhas». Ce que nous en retiendrons, c’est notre look d’explorateurs pour observer les fresques du corridor à la lumière de notre lampe frontale et notre surprise de trouver quelqu’un en train de prier alors que nous le pensions abandonné.

2/ Temple de Nagayon (11ème siècle) : temple bâti par le roi Kyanzittha, il tire son nom des deux têtes de nagas entourant le haut de la statue du Bouddha. Teo retiendra avant tout le décor en forme de moustache (qu’il a quittée il y a peu) au dessus des fenêtres du temple.

3/ Pagode Mingalazedi (13ème siècle) : facilement reconnaissable à sa forme de cloche, elle est considérée comme l’un des plus grands exemples de l’architecture birmane. Nous avons été chanceux !! Alors qu’officiellement, l’accès y est interdit, le guide nous laissera l’escalader pendant une petite dizaine de minutes. Suffisant pour pouvoir observer ses célèbres bas reliefs en terre cuite vernissée et profiter de la vue !

4/ Temple Kubyauk-Ngai(12ème siècle) : ce temple est célèbre pour ses 550 jataka (petites peintures représentant les épisodes de la vie de Bouddha), fresques parmi les plus anciennes de Bagan avec des légendes en langue môn. Le gardien du temple nous fera une visite guidée. Et oui, ayant participé au programme de rénovation mené par l’Unesco, il est très fier de nous décrire les jakatas les plus célèbres (éléphant blanc, assemblée de ministres…) et le tout en Français ! Pour l’anecdote, l’éléphant blanc, animal sacré en Birmanie, y est surreprésenté : en effet, selon l’histoire du bouddhisme, la mère du Bouddha historique aurait été magiquement pénétré par un éléphant blanc…. Nous vous laissons méditer !

5/ Temple Gawdawpalin (12ème siècle) : célèbre pour son architecture atypique et l’épaisseur de ses murs, c’est le temple qui a le plus souffert du tremblement de terre de 1975 mais qui, heureusement, sera le premier rénové, du fait de sa place privilégiée dans le paysage.

 6/ Temple Ananda (11ème siècle) : un des plus célèbres et imposant de Bagan ! Bâti par le roi Kyanzittha (3ème monarque de l’âge d’or de Bagan), son sommet culmine à 56m et ses quatre entrées lui donnent la forme d’une croix grecque. Nous rencontrons à l’intérieur de ce temple une femme birmane travaillant dans les ateliers de laque, célèbres à Bagan. Outre son histoire personnelle (déménagement forcé d’Old Bagan suite à une directive du gouvernement), elle nous racontera plusieurs anecdotes au sujet des quatre bouddhas situés à l’intérieur du temple. 2 statues sur 4 sont d’origine, les deux autres ayant été brulées suite à un incendie provoqué par les bougies des fidèles déposées sur les pieds de Bouddha. Ainsi, désormais, les offrandes se font en allumant les ampoules prévues à cet effet. Deux astuces pour reconnaître les vrais des faux bouddhas : le dessin de leur genoux et leur visage passant du sourire à la sévérité en fonction de l’éloignement de l’observateur. Elle nous parlera aussi de tout plein d’autres choses : la composition des deux bouddhas d’origine (en teck et recouvert de feuilles d’or), l’explication de leurs gestuelles…

 

 

7/ Pagode Mahabodi(13ème siècle) : pyramide célèbre pour le symbole des sept endroits où le Bouddha méditait (parmi lesquels, la pagode, le Banian tree, les fleurs de lotus, le trône de méditation et le lac où le Bouddha méditait assis sur le corps enroulé du Naga).

8/ Pagode Bupaya : située près du fleuve, elle sert aujourd’hui de balise aux navigateurs et offre une des plus jolies de Bagan.

9/ et enfin, la Pagode Shwezigon (12ème siècle) : l’une des pagodes les plus belles du pays, elle rappelle sans équivoque la célèbre pagode Shwedagon de Yangon. Au-delà de sa beauté, nous nous rappellerons l’épisode malheureux de nos tongs et vélos que nous avons cherchés pendant plus d’une heure, perdus entre les différentes entrées de la pagode… Finalement, tout est bien qui finit bien, après une analyse approfondie du plan de la pagode et des centaines de mètres parcourus pieds nus à ses alentours, nous les retrouverons où nous les avions laissés. Ouf !!!

Et tout plein d’autres, parmi lesquels la pagode Shwesandaw et le temple Buleti, pour les couchers de soleil au milieu des vendeurs de cartes postales…

 

 

PostHeaderIcon Transfert en Slow Boat sur l’Irrawaddy (23 mai)

Etant à la fin de la saison des pluies, le seul moyen pour assurer la connexion entre Mandalay et Bagan en bateau est le slow boat. Slow boat car la distance assurée en 7h en speed boat est cette fois effectuée en… 15h (départ à 5h, arrivée à 20h) !

Le Routard nous avait promis une expérience très inconfortable et mémorable : « spectacle d’un autre temps, plongée dans le monde birman tel qu’il est depuis des siècles ». Et c’est vrai que l’on n’a pas été déçu tant sur le niveau de confort que sur l’expérience vécue !

Pour le niveau de confort, on se voyait déjà allongés sur des bancs, en train de bronzer sur l’un des ponts du bateau, les cheveux au vent version Titanic, mais pas du tout … On s’est retrouvé assis avec un Coréen (seul autre touriste du bateau), sur les 3 chaises en plastique qui nous étaient réservées, et surtout qui étaient complètement cernées par des dizaines de familles birmanes installées sur leurs nattes avec leurs énormes sacs et nécessaires de cuisine, prêtes pour un long pic nic….

De notre côté, munis de quelques paquets de gâteaux et quelques chips, nous occuperons notre temps entre lecture et discussions avec notre nouvel ami Coréen (Teo se rendra compte, quelques minutes après le départ, que son Ipod ne s’était pas chargé la veille ! C’est ça de vivre avec les coupures de courant …). Au bout de plusieurs heures de discussion, nous apprendrons qu’il possède 2 agences de voyage (en Corée et en Inde) liées à l’organisation d’excursions autour de la pratique du bouddhisme, qu’il connait très bien le Népal puisqu’il a un restaurant à Katmandu ainsi que Kopan monastery (où nous avons passé nos 10 jours d’initiation) parce qu’il y a organisé des séjours pour ses clients. Décidément, même en tour du monde, le monde est petit !

Pour l’expérience mémorable, c’est vrai que ce qu’on a vécu fut magique.

- Des paysages magnifiques à midi comme au lever ou au coucher de soleil (c’est l’avantage des 15h de voyage…)

- Une plongée dans la vie birmane bien plus authentique que ce qu‘on avait pu vivre auparavant : les femmes birmanes pied nus sur leurs nattes discutant pour faire passer le temps, les vendeuses de mangue profitant de l‘arrêt du bateau dans leurs villages pour vendre leurs récoltes, les hommes chargeant les lourds paquets portés à mains nues depuis le bateau sur leurs chars à bœuf venus attendre l’escale…

- L’impression de voir un tout petit peu plus que ce que le gouvernement veut bien nous laisser voir de ce très beau pays…

En effet, le slow boat est un moyen de transport bon marché pour eux (cf. pour nous, c’est 10$) et est encore très utilisés pour transporter les marchandises et faire les trajets longues distances. Une grand-mère, cheerot au bec, nous offrira des litchis en guise de dessert. Sympa !

 

   

   

  

  

   

PostHeaderIcon Nos impressions après 5 jours

En vrac…

- Des gens hyper accueillants et ravis de voir des Occidentaux intéressés par la Birmanie (toujours quelqu‘un qui vient vers nous quand on a l‘air un peu perdu, pleins de hellos dans tous les sens). Au point même que certains ne comprennent pas notre motivation (why do you come here ? ) ou nous regardent avec surprise (mais que font-ils ici ?)

- Un pays encore très préservé du tourisme et ayant su garder son authenticité avec sa grande variété de cultures et de tradition. Nous avons ainsi été très impressionnés par l’authenticité de ce que nous avons pu vivre lors de notre trek autour de Kalaw

- Un peuple très religieux (consacrant près de 20% des revenus familiaux à l’entretien des temples et aux donations). Plusieurs fois à Bagan alors que nous entrions dans un temple que nous pensions «désaffecté», nous trouvions quelqu’un en train de prier dans le noir

- Un bouddhisme beaucoup plus cool que celui que nous avons connu à Kopan (plusieurs moines rencontrés sans complexe une cigarette à la main, pas d‘obligation de tourner autour des stupas dans le sens des aiguilles d’une montre comme au Népal)

- Un des seuls peuples d’Asie qui dit non sans aucune hésitation et plutôt avec affirmation…

- Un pays disposant d’énormes ressources naturelles (teck, or, rubis, saphir, diamant…) mais dont les infrastructures restent peu développées : agriculture via des chars à bœufs le long des terres fertiles de l’Irrawaddy, voitures et bus datant d’un autre temps… Nos trajets en bus ou en taxi sont d’ailleurs toujours assez typiques (entre le taxi duquel nous pouvions voir la route défiler sous nos pieds ou celui tombé en panne au milieu du trajet…)

  

- Une impression à première vue de plus d’égalité entre hommes et femmes qu’au Népal (en particulier, pas de distinction visible entre les femmes et les hommes dans les métiers de service : alors qu’au Népal tous les gérants de guest house étaient des hommes, ici c’est l’inverse). Seul point négatif : les femmes n’ont pas le droit d’approcher de trop près Buddha et d’y coller des feuilles d’or.

- Un pays ayant vécu longtemps en autarcie («voie birmane vers le socialisme») et ouvert que très récemment (début des années 1990) à l‘économie de marché. Ainsi, maitrise limitée de l’anglais nous empêchant de communiquer avec la plupart des locaux et multipliant les scènes «Serial Killer» des Nuls ; prix élevé des produits étrangers et en particulier des boissons style Sprite ou Coca. Du coup, pour des raisons de budget, on a opté pour les produits de substitution locaux : Star Cola (Coca) et Sparkling (Sprite).

Les signes de la dictature  
- Des petites cabines avec un militaire à l’intérieur à chaque coin de rue (que fait-il ? Nous n’en avons pas la moindre idée)

- Le couvre feu à 23h à Yangon

- Le curieux mélange, dans les villes principales, de bâtiments aux peintures délabrées et d’architecture moderne. Par exemple, à Yangon, nous avons été bluffés par certains supermarchés dignes des US, énormes panneaux publicitaires. De même, la nouvelle capitale, pleine de lumières quand le pays souffre des coupures d’électricité, est remplie d’hôtels de luxe (cf. objectif du gouvernement = développer le tourisme haut de gamme…). Robin, notre guide à Kalaw nous racontera ainsi que 85% du tourisme birman se fait via tour operator témoignant des deux Birmanie (celle des locaux et celle des potes du gouvernement). Enfin, à Bagan, les temples et pagodes datant du 11ème et 12ème siècle voient s’ériger au milieu d’entre eux des nouveaux bâtiments qui font hurler la communauté internationale (cf. Bagan Viewing Tower qui dépasse en hauteur tous les autres monuments historiques et donc défigure le paysage)

- La séparation entre les guest houses pour touristes et pour locaux afin d’éviter tout échange

- Un tourisme back-packersplus que contrôlé. Exemples : obligation de remplir, à notre arrivée dans chaque guest house, un formulaire donnant nom, prénom, numéro de passeport, d’où on vient, où on va. Objectif : informer la police de notre itinéraire et permettre ainsi au gouvernement de nous suivre à la trace. Pas encore de vraie culture du «service commercial» vous dira Teo, peu d’arrangements possibles (ex : prix des guest houses et taxis peu négociables malgré des hôtels pratiquement vides)

- Les « restricted areas » interdites aux touristes : Mogok (mines de rubis), Nord ouest de Kalaw (mines d’or), régions où vivent les minorités… Au final, seulement 20% du territoire est complètement accessible aux touristes, 20% n’est accessible que via des permis payants et enfin les 60% restants sont complètement interdits. C’est dans cette dernière partie du pays que les droits de l’homme sont bafoués …

- L’impossibilité de prendre des photos des musées (intérieur et extérieur), bâtiments administratifs et même des écoles

- Absence de réseau de téléphone portable et blocage des sites mails (ex : Yahoo)

- et bien sûr, tout ce que nous ne voyons pas : la corruption, la persécution des minorités (Karen, Môn…), le travail forcé (y compris des femmes et des enfants)

Heureusement, la beauté du pays, sa richesse culturelle passée et la gentillesse des gens que nous rencontrons compensent largement. Surtout qu’en voyageant en tant que back packers, nous sommes relativement proche de la population et avons l’impression de les aider indirectement en faisant appel à leurs services (guesthouse, resto de rue …)

PostHeaderIcon Yangon (17 mai)

 

Jour 1

Après une petite heure de trajet en avion, nous voila qui atterrissons a Yangon, ancienne capitale du Myanmar.

Pour la petite histoire, la nouvelle capitale a été transférée en 2006 dans la jungle à 400 kms au nord de Yangon, à Naypyidaw. Véritable Las Vegas birman, elle abrite les bâtiments gouvernementaux et les grands hôtels de luxe… Si la raison officielle de ce transfert est le manque de place à Yangon, tout le monde vous dira que c’est pour gouverner loin de l’agitation de Yangon et… de sa population. Dommage pour les fonctionnaires du gouvernement, obligés de vivre loin de leurs familles dans une ville fantôme. Sans compter les millions dépensés pour assurer ce transfert…

A notre arrivée à l’aéroport, deux choses plutôt étonnantes : la caméra fixée sur l’escalator de l’arrivée (attention, vous êtes filmés) et le nombre de touristes : 4 dont nous deux inclus. Voilà ce qui arrive quand on voyage… en Birmanie… à la veille de la saison des pluies !

Nous sympathisons rapidement avec les deux autres touristes de l’avion et partageons un taxi jusqu’à l’Eden Palace, guest house près de la pagode Shwedagon que nous avions repérée dans le Routard comme la seule guesthouse bon marché des environs. Et pourtant, premier choc par rapport à nos précédentes destinations (Népal pour nous, Inde pour eux) : le prix est près de 5 fois plus cher : 20$ la nuit. Ils décideront de partir ailleurs, nous décidons de rester pour la nuit (et de profiter de la clim’, précieuse vu la température extérieure qui avoisine les 40°C). Ce sera la dernière fois que nous les verrons… Et oui, les touristes se font rares en Birmanie (en moyenne, nous croisons peut-être 1 ou 2 touristes par jour… )

Une fois installés, nous partons à la découverte de la ville et surtout d’une nouvelle guest-house, plus abordable.

Sur le chemin, nous sommes surpris par :

- L’alphabet local que nous découvrons au travers des panneaux de signalisation et des pubs

- Absence de klaxons (interdits à Yangon, et cette fois-ci l’interdiction est respectée par les locaux)

- Distance à parcourir (nous n’avions pas prévu plus d’une heure pour rejoindre le centre ville)

- Mélange de styles architecturaux entre les bâtiments administratifs imposants et austères vs pagodes dorées bien plus typiques

- Le talent des conducteurs de voiture : conduire à droite avec un volant… à droite. Voilà ce que c’est que d’avoir un dictateur voulant s’affranchir de l’influence britannique sans en avoir les moyens. Les règles changèrent…. Mais pas les voitures….

- Les postes PCO : postes de téléphones publics. Et oui, les télécoms ne sont pas au top en Birmanie !

Une fois notre guest house pour la nuit suivante choisie : Pyin Oo Lwin II (le I est en effet pour les locaux), nous retournons dans le quartier de la pagode Schwedagon pour en apprécier la vue de nuit et diner à Auing Thu Kha, restaurant typique birman où nous choisissons les plats au comptoir. Délicieux !

Jour 2

Le lendemain, nous profitons de la localisation de notre guest house pour visiter la pagode et le « National Museum ».

Le Routard vous le dira : la pagode Shwedagon est « la plus belle pagode du monde, sinon la plus impressionnante, la plus grandiose… ». Pour une référence plus littéraire, Joseph Kessel en donne la description suivante dans son livre La Vallée des Rubis : « Ensemble fantastique de coupoles étranges, de voûtes torturées et d’aiguilles géantes qui, toutes, étaient recouvertes de feuilles d’or fin. Extraordinaire cité de la foi la plus antique et la plus gracieuse. Enceinte merveilleuse ouverte à chacun ». Et c’est vrai qu’elle est incroyable !!! On en a pris plein nos yeux au sens figuré comme au sens propre, éblouis que nous étions par le soleil se reflétant sur l’or de la pagode. Pour info, le bulbe est recouvert de plus de 700 kg d’or !

Shwedagon est tout autant le centre de la vie religieuse que celui de la vie sociale, et c’est pourquoi on est resté toute la matinée à l’admirer.

Deux-trois anecdotes que nous avons trouvées marrantes au sujet de cette fabuleuse pagode :

- La cloche de Singu, véritable objet de fierté nationale pour les Birmans. Offerte par un roi qui voulait atteindre le Nirvana, elle fût volée par les Anglais en 1824 qui voulurent l’emmener à Calcutta. Mais forte de ses 16 tonnes, elle coula dans la rivière pendant le transport. Comme les Britanniques n’arrivaient pas à la remonter, les Birmans proposèrent de la récupérer à condition de la garder. A la grande surprise des Anglais, ils réussirent ainsi grâce à des milliers de bambous glissés par des plongeurs sous la cloche.

- Les petits oratoires / temples dédiés à chaque jour de la semaine et qui sont honorés par ceux nés le jour correspondant. En effet, tous les actes de la vie d’un Birman sont conditionnés par son jour de naissance. Par exemple, le nom est fixé en fonction du jour de sa naissance et non en fonction du nom du père. Il en est de même pour les relations amoureuses. Quelqu’un né le lundi ne peut épouser quelqu’un né le vendredi. En revanche, la liaison mercredi-samedi est excellente ! Teo est né un samedi, qu’en est-il pour Amélie ? Un petit coup de fil aux parents s’impose…

- La position des Buddhas : alors qu’au Népal, ils sont toujours en position de méditation, en Birmanie, c’est plus freestyle ! Certains sont couchés, d’autres sont debouts. Il y en a pour tous les goûts …

L‘après-midi, on enchaine avec la Pagode Maha Wizaya, dernière née à Yangon, avec un intérieur assez kitsch et une pause dej au Shan Kan, resto chinois blotti au fond d’un parc tout près d’un lac… So romantic !

Nous nous dirigerons ensuite vers le National Museum, un peu glauquy qui regroupe entre autre le fameux trône du lion et des objets issus de l’ancien palais royal de Mandalay. Pour votre info, il est très souvent interdit de photographier dans les musées ou même à l’extérieur de bâtiments administratifs. Ils sont quelques peu paranoïaques, les membres du gouvernement en Birmanie, donc moins de photos de prévues qu’au Népal !

Le soir, ce sera diète avec un Star Cola (produit local et imitation Coca-Cola) et un Sparkling (idem pour Sprite) en guise de diner, mais le patron du resto insiste pour que l’on revienne dans son établissement si on a des questions sur son pays. Très sympa !

Jour 3

Le lendemain matin, nous prenons un petit dej à l’occidental au Parisian (le petit dej aux nouilles sera pour plus tard) et partons changer nos dollars au marché parallèle du Scott Market, opération qui se passe, à notre grand étonnement, magnifiquement bien ! Pour la petite histoire, pas de distributeur de billets ni de possibilité d’utiliser la carte visa à l‘intérieur du pays. La seule façon d’importer des devises étrangères est d’arriver dans le pays avec son budget total du séjour en dollar (seule monnaie étrangère acceptée) et de le changer au marché parallèle de Yangon. Ce qui veut dire que si un touriste arrive par hasard dans le pays sans dollars (pensant se servir de sa carte de crédit), il peut vite se retrouver à la rue et même coincé dans le pays car il y a une taxe de 10 $ pour en sortir (évidemment, c‘est déjà arrivé à certains occidentaux). Aussi, les locaux sont très exigeants et veulent des dollars impeccables : rien d’écrit dessus, pas de plis… Pas facile, facile d’avoir des dollars tout neufs, surtout quand ces derniers sont issus des bureaux de change népalaisJ Eh oui, nous sommes donc arrivés du Népal (puis en transit pour 1 jour à Calcutta) avec 1 500 dollars sur nous. Flippant ! Mais finalement, même si on a entendu plein d’histoires sur le change en Birmanie (comme quoi ils essaient de vous subtiliser quelques billets dans l’opération), pour nous, ce fût un succès avec un bon taux de change à la clé. Installés à une petite table en plein milieu du marché, entouré par 4 ou 5 locaux lorgnant nos billets de 100$ dollars impeccablement conservés, nous comptons calmement les 394 billets de 1000 Kyats (et oui, la monnaie birmane n‘est pas très forte)

Une fois l’opération de change finalisée, nous nous rendons au musée des Pierres Précieuses et à la Myanmar Ves Joint Venture Co, une usine de taille et fabrication de bijoux. On y voit certaines des plus grosses pierres du monde : le rubis Nawaba, un péridot de 329 carats, une perle de 104,39 carats, un saphir de 63 000 carats et un rubis brut de 21450 carats. Presque toutes les variétés de pierres précieuses et semi-précieuses existantes de par le monde se trouve dans le pays.

Le soir, ce sera Shan Noodle 999 qui sert l’une des meilleures soupes de la ville. Selon la croyance populaire, le chiffre 9 porte chance.