En Australie, je déciderai de concentrer ma mission de « reporter » sur deux choses majeures :

- La presse locale, beaucoup plus rigolote que les quotidiens, type le Times, que j’anticipe très proches de nos journaux français dans la nature des sujets traités

- Les débats à la radio, bonne façon d’utiliser les heures passées en voiture ou en van et de se familiariser avec les grandes questions des élections parlementaires prévues le 21 août 2010

 

Pourtant, au fur et à mesure de notre voyage, une autre question soulèvera grandement notre intérêt à Teo et moi : celle de la cause aborigène. En effet, nous serons vraiment touchés par la pauvreté et la marginalisation de cette population au milieu de la modernité australienne, et resterons interloqués par le décalage entre la mise en avant de leurs culture et traditions au sein des parcs nationaux et leurs conditions de vie dans les villes du Centre que nous traversons.

Plus en détail…

I. La presse locale

Comme anticipé, la presse locale sera essentiellement, pour nous, une source d’anecdotes sur les régions que nous visitions. On aura ainsi droit à une étude sociologique sur les Australiens et leur addiction à Internet (un Australien sur cinq privilégiant son accès internet à une bonne bouffe… impensable pour nous Français ! ou du moins pour moi Amélie) ou à un article relatant le désespoir des touristes venus à Cairns pour explorer, sous le soleil, la barrière de Corail et la forêt tropicale du Nord. Nous nous rappelons encore du titre, simple mais efficace : « Ils sont venus chercher le soleil, ils ont trouvé la pluie ». Cette pluie, qui durait depuis plus d’une semaine, explique d’ailleurs notre départ rapide de Cairns pour descendre vers le sud (plus sec…)

Cependant, la palme de l’article insolite reviendra à celui lu dans la ville étape de Renner Springs (à quelques heures d’Alice Springs). Le sujet : les excuses a posteriori d’une jeune française pour son attitude non conventionnelle sur le site d’Uluru (rappelez-vous, un site hautement sacré pour les Aborigènes). Nous vous laissons lire l’article… ça se passe de commentaires !

II. Les élections parlementaires du 21 août 2010

Comme au Népal, nous arriverons en Australie au milieu d’une période électorale intense. Heureusement pour nous, cela se déroule ici plus en douceur.

Pour la faire courte, le pays, monarchie parlementaire membre du Commonwealth, accorde un rôle symbolique à la reine d’Angleterre et à son représentant, le Gouverneur Général. Cependant, les grandes décisions politiques du pays sont prises par le Parlement dirigé par le Premier Ministre (en fait, le chef du parti majoritaire au Parlement). Deux partis majeurs : le Labor Party (actuellement dirigé par Julia Gillard) et le Liberal Party (actuellement dirigé par Tony Abbott) ; puis des plus petits à l’importance non négligeable (surtout dans le contexte actuel) dont les Verts et les Indépendants.

 

Le Labor Party est au pouvoir depuis 2007 mais quelques semaines avant notre arrivée (le 24 juin 2010), Julia Gillard évince Kevin Rudd de la tête du parti travailliste et prend, du coup, son poste de Premier Ministre. Voulant profiter du momentum, elle programme, trois semaines après son arrivée, des élections parlementaires anticipées pour le 21 août.

Son programme comporte les grands éléments suivants :

- Poursuite du programme d’investissement dans les infrastructures avec, en particulier, 30 milliards d’euros dans un vaste réseau internet à haut débit. Pierre nous racontera en effet la faible qualité en termes de couverture et de débit des réseaux internet du pays

- Mise en œuvre d’une taxe sur le charbon et le fer (plutôt impopulaire, vous vous en doutez, auprès des grandes et puissantes compagnies minières australiennes)

- Mise en place d’un centre off-shore pour traiter les demandes d’asile (vs la proposition de Tony Abbott de rouvrir les camps de détention, comme il en existait il y a quelques années, sur la petite île de Nauru… plutôt moyen en termes de droits de l’homme)

- Réouverture du débat sur le régime politique cible de l’Australie : monarchie parlementaire avec, à sa tête, la Reine d’Angleterre ou république avec un président (au rôle essentiellement symbolique). Rappelez-vous, un référendum avait eu lieu à ce sujet en 1999 et la réponse avait été en faveur du maintien de la monarchie

- (…)

Les deux sujets phare de cette campagne électorale, qui occupent d’ailleurs la majeure partie des débats sur les ondes, sont l’environnement et l’immigration.

En effet, plus de 2 500 demandeurs d’asile sont arrivés sur les côtes australiennes depuis le début de l’année, soit une tendance à l’augmentation, et cette dernière préoccupe.

Concernant l’environnement, une prise de conscience émerge de plus en plus mais les Australiens sont très en retard dans les mesures de protection de leur environnement. Au-delà des compagnies minières qui polluent énormément, nous serons frappés par le nombre important de brochures papier distribuées à tout-va par les tours opérateurs ou par le nombre de sacs plastique des supermarchés. Le Labour Party était d’ailleurs très attendu sur le sujet par les Australiens mais peinera à faire une réelle proposition.

Si les propositions du Liberal party sont significativement différentes (beaucoup plus conservatrices), les électeurs ne seront convaincus par aucune des deux propositions. Pour la première fois en 70 ans, aucun parti n’obtiendra la majorité du Parlement et le nombre de bulletins de vote déclarés invalides battra des records (cf. l’abstention est illégale en Australie, et même sujette à amende)

Les voilà donc repartis pour un tour : Julia Gillard et Tony Abbott devant convaincre les partis minoritaires de s’allier à eux pour former la coalition qui aura cette tant attendue majorité.

Finalement, le 7 septembre 2010, Julia Gillard gagnera la majorité grâce au ralliement de quatre indépendants lui permettant d’obtenir les 76 sièges du Parlement.

III. La cause aborigène

Peut-être le fait de commencer notre voyage australien par Darwin, plutôt que par Sydney, nous rendra particulièrement sensibles à, ce que nous appelons, la cause aborigène.

En effet, tout au long des parcs nationaux que nous visiterons (Litchfield, Kakadu, Katherine, Uluru), nous serons initiés à la culture et aux traditions aborigènes et à l’importance de les préserver pour protéger l’environnement. C’est ainsi que tous les parcs nationaux mettront en avant leur « joint management board » mixant Blancs et Abo afin de tirer parti des compétences de chacun : protection de l’environnement d’un côté vs gestion de l’autre.

Pourtant, après une semaine à visiter les centres culturels de ces parcs nous racontant l’histoire de la création aborigène, leurs principaux modes de vie, nous serons, on peut le dire, choqués par le spectacle que nous offriront les villes du centre : délinquance, alcoolisme, pauvreté… avec, pour principales victimes, les populations aborigènes.

Ce décalage nous fera nous poser beaucoup de questions, en particulier :

- Quelle est la vraie réalité aborigène ?

- Comment l’Australie a-t-elle pu en arriver là ?

- Comment résoudre cette problématique ?

Afin de mieux comprendre ce sujet de société, encore tabou en Australie, nous décidons de lire le livre de Peter Sutton : The politics of suffering. Anthropologue australien ayant travaillé et vécu à plusieurs reprises au sein de communautés aborigènes, il milite pour ce qu’il appelle la fin du consensus libéral. Nous vous débrieferons plus en détail, une fois ce livre digéré dans sa totalité, mais voici, en synthèse, la problématique qu’il défend.

A la fin des années 70, un consensus a émergé en Australie sur le besoin de rendre aux Aborigènes la propriété de leurs terres et la gestion de leurs communautés. Malheureusement, 30 ans plus tard, les conditions de vie dans ces communautés ont gravement empiré avec des taux de criminalité, d’alcoolisme et tout ce qui va avec (conflit, meurtre, viol, agression intimidation, suicide…) dépassant l’entendement. Aujourd’hui, il milite pour une reprise en main par le gouvernent australien et ses relais de ces communautés aborigènes pour garantir à leurs membres des conditions de vie acceptables et un futur bien plus prometteur.

Plus de détails dans les semaines à venir….